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" Pas seulement un groupe d'intérêts mais une agence d'idées pour l'Europe. "
Homme politique belge, Luc Van den Brande est Président du Comité des Régions de l'Union européenne depuis février 2008. Il est le huitième président de cette assemblée politique qui donne voix aux représentants des collectivités locales et régionales au sein du processus de décision européen. Avocat de formation, Luc Van den Brande a commencé sa carrière politique en 1977 après avoir été élu à la Chambre des Représentants de Belgique. Élu député, en 1980, au sein de l’organe qui fut le précurseur de l'actuel Parlement flamand, il est ensuite nommé sénateur de communauté en 1999.
Selon M. Van den Brande, qui est membre du CdR depuis sa création en 1994, le CdR et les associations européennes « doivent travailler en étroite collaboration pour atteindre des objectifs communs ».
EM : Lors de la séance d’ouverture des « Open Days », vous vous êtes déclaré pour une « Europe avec les Régions » plutôt que pour une « Europe des Régions ». Qu’entendiez-vous par cela exactement ?
LVB : La réponse à cette question a beaucoup à voir avec une Union européenne moderne fondée sur une gouvernance multi-niveaux. Nous devons renoncer à l'approche hiérarchique pyramidale de l'Union européenne qui place l'Europe au-dessus des États membres, les États membres au-dessus des Régions, et les Régions au-dessus des villes et des collectivités locales. Au lieu de cela, nous avons besoin d'un nouveau partenariat entre ces entités. Les Régions d'Europe sont des partenaires essentiels dans le système. Elles doivent véritablement exprimer leur opinion dans le processus décisionnel européen. Il n’est possible d’atteindre des objectifs communs que si toutes les strates politiques travaillent ensemble. Voici le message que je souhaite transmettre au cours de ma présidence : Nous devons bâtir l'Europe en partenariat avec nos Régions.
EM : Pourquoi les Régions sont-elles toujours aussi importantes pour le projet de construction européenne ?
LVB : Nos autorités locales et régionales ne sont pas seulement les exécuteurs des décisions prises dans 2 km2 à Bruxelles ou les sous-traitants d’autres niveaux de gouvernement. Étant plus proches de la population, elles sont sur la ligne de front pour traiter les problèmes et les défis tangibles, tels que le chômage, les soins de santé, l’environnement et l’immigration. Aujourd'hui, les Régions et les villes revêtent plus d’importance que jamais en termes politiques. Les Régions jouent un rôle clé dans la recherche, l’innovation et l’éducation. Au cours des dernières années, les dépenses du secteur public infranational dans l’UE ont augmenté pour atteindre 2 000 milliards d'euros, soit 16% du PIB européen. Un euro sur trois des dépenses publiques de l'UE est dépensé aux niveaux infranationaux. Dans les 12 nouveaux États membres, les deux tiers des dépenses publiques sont même imputables aux niveaux infranationaux.
EM : Si vous regardez sur la carte la provenance des participants aux « Open Days », vous remarquerez que les Régions les plus puissantes d’Europe (le pentagone) n’y ont pas participé. Quelle est votre opinion à ce sujet ? Pourquoi est-ce que la politique de cohésion et la coopération n’intéressent pas ces Régions d'Europe ?
LVB : Certaines Régions perçoivent encore la politique de cohésion comme un outil de solidarité principalement pour le développement de zones défavorisées ou de Régions accusant un retard en termes de développement économique. C’est une erreur parce que la politique de cohésion ne s’adresse pas seulement à tel ou tel territoire, mais plutôt à l’ensemble des citoyens européens. Et cela doit être souligné en particulier pour l’avenir de la politique régionale, étant donné que tous les Européens ont besoin de solidarité, ou mieux de « stratégies communes », pour faire face aux nouveaux défis du XXIème siècle et aux conséquences d’une économie mondialisée.
EM : Quelle est votre première réaction au Livre vert sur la cohésion territoriale ?
LVB : Je suis convaincu que la date retenue pour divulguer ce document, le 6 octobre, le premier jour des »Open Days », a été bien choisie. Les « Open Days » ont préparé le terrain pour faire avancer le débat sur l'avenir de la politique européenne de cohésion. Je tiens à souligner une fois encore l'engagement du CdR en faveur d’une politique régionale solide et efficace, rejetant toute tentative de renationalisation d’une politique qui a déjà fait la preuve qu’elle était capable de produire de bons résultats. Cela est évident si l'on regarde l'augmentation du produit intérieur brut (PIB) enregistré dans plusieurs pays européens depuis l’entrée en vigueur du premier règlement en 1988. En Grèce, par exemple, le PIB par personne est passé de 73 à 89% de la moyenne de l'UE entre 1988 et 2008, et en Irlande il est passé de 69 à 123%.
Je souscris également à l'idée que la politique régionale devrait cibler toutes les Régions européennes. Bien sûr, des efforts particuliers doivent être concentrés sur des territoires spécifiques par ordre de priorité, mais il est aussi essentiel de cibler d'autres Régions afin de développer pleinement leur potentiel, en adaptant leur économie aux nouveaux défis que posent la démographie, les changements climatiques et la mondialisation, et de les aider à offrir l'égalité des droits et des opportunités à leurs citoyens, quel que soit l’endroit où ils vivent ou travaillent en Europe. Une première réaction au Livre vert sera livrée début 2009, comprenant à la fois un avis spécifique du CdR et un avis recueilli lors du Sommet des Régions et des Villes qui sera organisé à Prague le 6 mars l'année prochaine.
EM : Comment voyez-vous l'avenir des relations entre le CdR et les associations régionales telles que la CRPM ?
LVB : Le CdR et les associations européennes doivent œuvrer en parallèle. Nous donnons aux autorités régionales et locales la visibilité institutionnelle et le rôle dont elles ont besoin au sein de l'UE, tandis que les associations européennes telles que la CRPM complètent les activités régionales et locales en apportant les contributions nécessaires, par l’élaboration de stratégies et d’études, par une mise en réseau, par une consolidation des partenariats entre les territoires et par un lobbying envers les décideurs : ce sont toutes des actions nécessaires et complémentaires dont je me réjouis. La forte coopération dont ont récemment fait preuve le CdR et les associations, par exemple pour mettre en place une assemblée régionale et locale au sein du Processus de Barcelone : l’Union pour la Méditerranée, avec le soutien fondamental de Claudio Martini et Michel Vauzelle, est un bon exemple de la façon dont les associations européennes et le Comité des Régions peuvent travailler de concert pour atteindre des objectifs communs.
Enrico Mayrhofer (enrico.mayrhofer@crpm.org)