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" Pas seulement un groupe d'intérêts mais une agence d'idées pour l'Europe. "
Le changement climatique ne concerne pas seulement les pays arctiques: Abdelkebir Berkia, Président de la Région Rabat-Sale-Zemmour-Zaër et Secrétaire Général de l’Association Internationale des Régions Francophones (AIRF), est le témoin des problématiques liées au changement climatique sur le continent africain et plus particulièrement au Maroc.
CRPM: M. Berkia, quelle est l’importance des Régions dans la lutte contre le changement climatique au niveau mondial?
Abdelkebir Berkia: Jusqu’à présent, les gouvernements se sont réunis uniquement sur la base des intérêts étatiques, en ignorant les réalités du terrain. Les Présidents de Région, en revanche, sont en contact à la fois avec la base et le sommet, et prennent en compte les préoccupations des citoyens. C’est tout l’intérêt des sommets mondiaux de Régions qui, comme celui d’octobre à Saint Malo, a su analyser les problématiques propres à chaque citoyen sur son territoire. Nous pouvons ainsi faire remonter les informations de la base vers le sommet !
CRPM: Comment pensez-vous arriver à vous faire entendre auprès des Etats?
AB: L’union fait la force ! Le fait d’avoir des associations internationales comme le FOGAR ou nrg4SD avec des Présidents de Régions dont certains ont été déjà Ministre, Président du Parlement ou responsables d’organismes internationaux, constitue un réseau très important. C’est également plus significatif qu’une action individuelle ou au niveau d’une seule Région ou d’une association de Régions au niveau national. À mon avis, les réseaux mondiaux de Régions vont devenir très forts, très puissants pour porter leur voix à tous les niveaux et même aux Nations-Unies. Mais, à l’heure actuelle, je crois qu’une contribution de tout le monde s’avère nécessaire: nous avons les mêmes préoccupations, il faut s’intéresser ensemble à ce phénomène qui inquiète le monde entier…
CRPM: On s’imagine toujours des événements tragiques liés aux changements climatiques dans les pays du Nord ou de l’Arctique. Mais certains effets du changement climatiques sont également préoccupants dans des pays chauds comme le Maroc…
AB: Tout à fait. Et nous ne devons pas oublier que souvent nos problématiques se répercutent aussi chez vous, en Europe. En effet, par sa situation géographique, le Maroc, situé à la porte de l’Europe, est un rempart politique, humain et naturel pour votre continent. Par exemple, je peux vous citer la problématique de la forêt composée de chêne-lièges, située autour de la capitale du Royaume. Autrefois, elle se régénérait naturellement. Avec toutes les sécheresses qu’a connues le Maroc ces dernières années, cette forêt a perdu de sa superficie: elle est passée de 165 000 à 105 000 hectares, un constat très inquiétant... Cette forêt a depuis toujours joué un rôle de barrière face à toutes les intempéries en provenance du sud de l’Afrique... De ce fait, nos forêts marocaines sont un rempart pour l’Europe: si toutes ces forêts venaient à disparaitre, cela deviendrait inquiétant pour l’Europe et pour l’ensemble de la Méditerranée.
CRPM: Comment concilier la crise financière avec la lutte contre le changement climatique ?
AB : Il est vrai que c’est le nerf de la guerre. Mais c’est la sensibilisation qui est capitale selon moi ! Il faudrait développer l’idée « d’économie de l’eau » chez le citoyen et essayer d’utiliser la nature à bon escient: dans de nombreuses villes, les eaux usées sont déversées dans la nature alors qu’elles pourraient tout à fait être exploitées dans les endroits les plus arides pour l’agriculture et les plantations : par exemple, lors des périodes de pluie, un moyen pourrait être mis en place pour récupérer l’eau... On peut aussi envisager une sensibilisation qui devrait conduire à plus d’économie... Enfin, le développement technologique qui existe en Europe, avec les stations de traitement des eaux usées, le dessalement des eaux, pourrait permettre aux pays en voie de développement d’économiser efficacement les dons de la nature. C’est pourquoi je crois que des réseaux mondiaux, avec leur développement technologique et leurs différentes expériences, peuvent être profitables pour tout le monde.
lejla.becirovic@crpm.org
enrico.mayrhofer@crpm.org